Sully

Tomber du ciel, s’élever en héros

C’est sur le profil d’un homme que s’ouvre le film. Sur une ombre, même, plus qu’un profil. Une ombre qui se détache de l’arrière-plan, qui se détache du monde, qui est au dessus de lui. Car Sully est un homme qui vole; le ciel est son environnement. Il est normal de l’introduire d’abord au spectateur en tant que pilote, dans son avion. Mais se serait-il trompé, en se considérant lui-même ainsi ? A-t-il trop volé dans les airs, tel un Icare moderne ? Ne s’est-il pas perdu dans le ciel comme dans un rêve ? Non, car presque immédiatement, il se réveille. Il ne s’est pas perdu, il est bien là, sur la terre, sain et sauf, loin du cauchemar qu’il a vécu. Loin, et pourtant si proche, comme beaucoup de choses dans le film, comme sa femme qui, pourtant présente grâce au téléphone, ne sera jamais là à l’écran avec lui. Ce ciel qui lui appartenait – ou plutôt, à qui il appartenait – ce ciel est devenu son cauchemar. Et la terre, quant à elle va devenir son enfer, car c’est là, sur la terre pragmatique, qu’il va désormais devoir se débattre.

Sully n’est pas un film qui raconte. L’événement central sur lequel il se fonde – à savoir l’amerrissage miraculeux du Cactus 1549 sur l’Hudson en 2009 – n’est évoqué que par bribes, intercalées au milieu du reste, et ne sera finalement visible que tard dans le film. Mais intercalées au milieu de quoi, au juste ?

Au milieu de la normalité, des joggings et des sorties au bar de Chelsey Sullenberger, cet homme qui tente de retrouver une vie normale. Car il se sent normal, il a « juste fait son boulot » comme il le répète à plusieurs reprises. Il est et reste profondément humain, beaucoup plus que les hommes qui l’entourent dans cette salle de réunion, en quête d’un faux pas qu’il aurait pu faire. Sully est un homme qui doute, et il a beau retrouver son reflet derrière la buée du miroir de sa salle de bain, il ne sait plus quoi y voir. Un héros ? Un dieu qui aurait sauvé 155 personnes ? Ne s’est-il pas placé trop au dessus de ce monde en décidant de se poser sur l’Hudson ? N’a-t-il pas pris des risques inconsidérés ? N’est-il pas trop vieux pour ce travail ? Ce n’est peut-être pas un hasard si Clint Eastwood a choisi cette histoire pour son trente-septième film, qu’il réalise à l’âge de 86 ans. Mais, à la différence de son personnage, Eastwood ne prend pas de risques : il traite une fois de plus de la figure du héros américain, met Tom Hanks en tête d’affiche et, même si elle est maîtrisée, sa mise en scène reste attendue. Quand Sully est confronté aux avocats des compagnies d’assurance, c’est naturellement une alternance en champ/contre-champ qui vient signifier leur opposition. Mais peut-être la banalité de cette réalisation n’est-elle là que pour souligner la banalité du personnage. D’autre part, Eastwood fait très bien ce qu’il sait déjà faire, à savoir mettre très simplement en avant les sentiments – notamment par de multiples gros plans sur le visage de Tom Hanks – et dilemmes intérieurs des hommes poussés dans leurs retranchements par la société

Au milieu de la société, donc, car ce qui intéresse véritablement Eastwood, c’est d’exposer comment cet homme a été jeté en pâture aux médias. Exposer comment il a été jugé de toutes parts. Tantôt un dieu, tantôt un imposteur. Les médias ne font pas dans la demi-mesure; il n’y pas de place pour les nuances, ni pour la profondeur. Les écrans de télévision filmés restent de simples surfaces. Pourtant ces surfaces transforment les faits, changent la vérité et, surtout, ne respectent pas l’homme qu’elles affichent. Et contre cela, Eastwood propose un film assez lent, qui prend le temps d’explorer tous les aspects de son sujet : les plans sur le crash de l’avion reviennent ainsi à plusieurs reprises sous des angles différents. Il se veut aussi fidèle à l’humanité du véritable Chesley Sullenberger, comme le montre les images de lui présentes au générique du fin. Le cinéma n’est donc pas un média comme les autres, ne relève pas de la superficialité de la télévision ou de l’instantanéité de l’Internet. Il se présente comme le média de la réflexion et de la vérité.

Au milieu de la société, donc, car ce qui intéresse véritablement Eastwood, c’est d’exposer comment cet homme a été jeté en pâture aux médias. Exposer comment il a été jugé de toutes parts. Tantôt un dieu, tantôt un imposteur. Les médias ne font pas dans la demi-mesure; il n’y pas de place pour les nuances, ni pour la profondeur. Les écrans de télévision filmés restent de simples surfaces. Pourtant ces surfaces transforment les faits, changent la vérité et, surtout, ne respectent pas l’homme qu’elles affichent. Et contre cela, Eastwood propose un film assez lent, qui prend le temps d’explorer tous les aspects de son sujet : les plans sur le crash de l’avion reviennent ainsi à plusieurs reprises sous des angles différents. Ainsi, il se veut aussi fidèle à l’humanité du véritable Chesley Sullenberger, comme le montre les images de lui présentes au générique du fin. Le cinéma n’est donc pas un média comme les autres, ne relève pas de la superficialité de la télévision ou de l’instantanéité de l’Internet. Il se présente comme le média de la réflexion et de la vérité.

À propos
Affiche du film "Sully"

Sully

Réalisateur
Clint Eastwood
Durée
1 h 46 min
Date de sortie
7 septembre 2016
Genres
Drame, Histoire
Résumé
Le 15 janvier 2009, l'incroyable se produit : un avion qui vient de subir une terrible avarie réussit à se poser sans encombre sur les eaux glacées du fleuve Hudson, au large de Manhattan. Bilan : les 155 passagers ont la vie sauve ! Un exploit hors du commun accompli par le commandant « Sully » Sullenberger et bientôt relayé par les médias et l'opinion publique. Partout dans le pays, la presse s'empare du « miracle sur l'Hudson ». Et pourtant, alors même que le pilote est salué comme un héros, une enquête est diligentée qui menace sa réputation et sa carrière…
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