Lost in isolation

Jamais une rentrée aura été tant attendue et tant questionnée.
Si, du point de vue sociétal,
cette reprise est vague et reste incertaine face à un éventuel retour en arrière, il en demeure différemment pour le cinéma.

Nous considérons ici, dans ces quelques lignes, et dans la vie, le cinéma comme événement social et politique, intimement lié à ceux-ci par l’intermédiaire de sa poétique. En ce sens, le cinéma n’est pas seulement la projection temporaire des images, confinées en isolement dans les salles qui lui sont attribuées, mais bien un outil du discours indispensable au fonctionnement mécanique de la vie. Revenons donc sur les événements qui ont marqué les derniers mois, où tout n’etait qu’images et reflets, où tout était arrêt.

La pauvreté de cet été pourrait se définir comme une perte de culture inquiétante qui, incontestablement, s’inscrit dans la durabilité de la situation actuelle. En revanche, de nombreux projets auront su se maintenir et voir le jour, plusieurs films ont fini par sortir comme Abou Leila, Madre, The King of Staten Island, … Certains ayant eu leur sortie officielle repoussée, ou suspendue. Le Palais de Tokyo a voulu marquer les 25 ans de La Haine avec une rétrospective qui en vient à sortir le film – de plus en plus actuel – en l’isolant. Toutefois, ce certain regard sur le passé s’annonce prometteur avec les nombreuses rééditions en 4k comme ce fut pour In the mood for love. Cette question de la réédition se prolonge dans le temps alors que Coppola annonce une nouvelle version du Parrain 3 pour décembre 2020. Pour revenir à la salle de cinéma comme lieu de rencontres humaines, il est impossible de nier l’importance de Tenet (alors que le film noie lui-même son histoire dans un torrent d’images et de flux) sur la reprise et l’affluence dans les cinémas. Depuis le 26 août en France, le nombre de spectateurs est en hausse par rapport au timide regain que voyaient les cinémas à leurs réouvertures. Cette noyade aura été caractéristique d’un étouffement médiatique et culturel omniprésent et qui persiste : Netflix s’offre quelques Godard et Truffaut pour les plonger dans les abîmes d’un catalogue qui perd de la vitesse face à une demande qu’il satisfait difficilement.

Nous évoquions l’incertitude face au retour, face à un nouvel isolement. Or, cette incertitude ne se pose pas pour le cinéma et pour notre façon d’aimer le cinéma. Elle ne se pose pas pour le cinéma dans la mesure où celui-ci continue. Elle ne se pose pas pour le cinéma parce que nous continuons avec les images en épousant un mouvement qui va de l’avant. La revue Seul Le Cinéma souhaite s’intégrer dans cette progression, avec de nombreux entretiens à venir, et des discussions audio en partenariat avec Radio Campus Grenoble. Le tout en proposant notre cahier critique et analytique, lesquels soutiennent les mots suivants : « Je ne veux parler que de cinéma, pourquoi parler d’autre chose ? Avec le cinéma, on parle de tout, on arrive à tout. »